l'Atelier photographique


Baudoin MOUANDA

16 rue Mana
Kinsoundi Makélékélé
Brazzaville

tel: 242-521 44 86
baudouinphoto2001@yahoo.fr


Étudiant en droit
Lauréat du 1er prix du concours professionnel
organisé par la maison Spector à Kinshassa,
qui a connu la participation de photographes
des deux Congos.
Élu meilleur photographe par le jury de l’académie
des beaux-arts de Kinshassa.
A fait partie des 30 candidats sélectionnés parmi
400 pour le Grand Prix du photoreportage étudiant
Paris Match-SFR.

Je nais un 22 juin à Ouesso dans la région de la
Sanga au Congo en 1981.
À cette période, je n’avais
aucune idée sur la photographie, je faisais partie
de ces enfants qui craignaient de se tenir en
face d’un photographe. Plusieurs années s ‘écoulent.
Je me tenais souvent en compagnie de mon
père qui était professeur de sciences physiques.
Dans son tiroir, il possédait un appareil photographique
de marque Zénith qu’il utilisait souvent
pour nous faire des photos de famille. Pendant
qu’il se déplaçait, j’entrais librement dans sa
chambre sachant qu’il y avait cet appareil avec sa
loupe (l’objectif) qui allait me servir à jouer le lendemain
à l’école. J’en prenais possession sans
même en connaître l’utilisation. Sa coque était
couverte de poussière faisant voir qu’il n’était utilisé
que pendant les grandes occasions des jours de
fête.
Ce jour-là-là-là ce fut la première fois que je
tenais un appareil photographique, je le dévissais
aussitôt en deux, me tenant comme un technicien
hasardeux par manque de mérite. Ce qui donc attirait
le plus mon attention était l’objectif et ses lentilles
qui me permettraient de jouer pendant cette
période enfantine à ce que l’on appelait " les jeux
de projections ". Ces larcins ne sont pas passés
inaperçus. Une correction me fut administrée.

En 1993, à la veille du concours d’entrée au collège,
mon père me fit la promesse de pouvoir utiliser
son nouvel appareil, de même marque que le premier
que j’avais détruit (il venait d’acheter en
occasion, et part mensualité, auprès d’un collègue
un nouveau boîtier à 25 000 Frs d’avant la dévaluation).
La même année la guerre civile nous surpris
nous obligeant à rentrer tout droit de la région
de la Bouenza vers Brazzaville. Durant ce trajet,
mon rêve s’accentuait de village en village défilant
devant la petite camionnette, serrant dans mes
mains le sac à dos où se trouvait l’appareil. Cette
année-là-là-là fut une année blanche pour moi, à
cause des évènements sociaux politiques qui entravèrent
le pays.
1994, la paix semblait revenir, j’aurais du être au
collège, mais j’étais obligé de reprendre ma classe
de cm2. Mon père m’encouragea, me rappela "
petit Baudoin " comme il aimait à m’appeler " je
n’ai pas oublié ma promesse, accroches toi au
concours ". Comme je sentais en lui un homme de
parole, je ne pouvais qu’éviter toutes tentations de
blagues. À treize ans, avoir un tel appareil professionnel,
pour moi n’était pas une messe à faire. Je
me suis mis au travail, afin d’obtenir ce qui n’était
pas un jouet, et me permettrait de frimer, dès mes
premiers pas au collège, face à mes amis. J’ai réussi
mon entrée, la promesse semblait prête de se
réaliser, mais tardait. Ne croyant pas que la vérité
se disait en blaguant et comme il était très gentil
avec nous, sa parole devait être tenu.
Brusquement, il m’appela comme d’habitude à ses
côtés, il se tenait en compagnie de deux élèves
auxquels il avait expliqué le cours de physique chimie
à la maison, l’un était un ami à moi, l’autre
n’était que ma grande soeur. Nous vivions encore à
Bacongo. Sur la table se trouvait un sachet,
dedans le Zénith. J’ai pris place, ma soeur me
regardait avec de gros yeux, croyant que j’allais me
moquer d’elle qui n’arrivait pas à résoudre ses
équations ; " Petit Baudoin, voilà ce que je t’ai promis
". Je ne pouvais que sourire et embrassais ma
mère qui revenait à cet instant du marché. J’avais
maintenant mon propre appareil. Je ne manquais
pas de le nettoyer à chaque instant, comme si je
venais de recevoir une nouvelle paire de chaussures
blanches.
Dans le boîtier se trouvait un film
couleur qui était presque à sa fin. " Attention il ne
te reste que trois poses ". Sans hésiter j’entrais
l’appareil dans le cartable que maman m’avait
acheté le lendemain je n’avais cours que l’aprèsmidi,
mais je quittais la maison très tôt comme si
c’était le premier jour de la rentrée. En vue de sensibiliser
mes amis au fait que j’étais l’unique à
avoir un vrai jouet dans la classe. Je ne parlais que
des photos qu’on aurait à se faire à la fin du cours.

Mon collège s’appelait le CEG de l’amitié. À 17h30
tous s’entassèrent autour de moi, je devenais l’élève
le plus intelligent de ma classe, dans la mesure
où chacun voulait être inscrit sur ces souvenirs de
première année de collège. Je sortis l’appareil, sans
le régler. La vitesse se trouvait au 125e et le dia
phragme à 11 comme on me l’avait offert. Mon
grand problème était seulement de déclencher. À 7
mètres, tous les élèves se trouvaient en place pour
la photo. Chacun devait montrer son plus beau
sourire, debout, certains accroupis, dans la figure
d’une équipe de foot, le coucher du soleil qui crépitait,
ce reflet de la bonne lumière nous faisait
croire à la réussite de l’image. Sur l’oeil, j’accrochais
mon appareil, sans respirer comme mon père
me l’avait répété. Je remarquais en face de moi les
sujets légèrement flous, l’encadrement n’étant pas
mal j’attirais maintenant leur attention comme
s’ils s’apprêtaient à la vitesse du relais. " À vos
marques ! Prêts ! crash ! crash ! crash ! ". Les
trois prises restantes venaient d’être épuisé. Tout
le monde était en liesse. Il ne restait plus qu’à
attendre les résultats. Le lendemain, mon père se
rendit pour moi au laboratoire de la place,
Bissengo Color, qui se trouvait au rond-point de
Moungali.
Je n’arrivais pas à croire que c’était réellement
moi qui venais de réaliser ces trois photos.
Je ne faisais que les admirer tout le long du chemin
vers l ‘école, sans m’être souvenu qu’il fallait
d’abord se laver avant de mettre la tenue kaki
bleue et mon gros cartable, poussant la roue que je
tenais cachée dans une maison inachevée près de
chez nous et dont j’aimais toujours m’accompagner
pour aller plus vite. En classe, tous les amis
attendaient. Ils apprécièrent ce qui se trouvait sur
la photo me demandant déjà des reproductions,
certains me passaient des avances. Je m’enorgueillais
déjà d’être photographe sans tenir compte
des hasards que je venais de provoquer. Leurs
avances me permirent d’acheter un nouveau film
ainsi qu’à reproduire leurs images ; je ne devenais
pas un petit PDG, mais il ne me manquait pas de
pièces dans mes petites poches trouées que je n’avais
pas pensé à recoudre. C’est à ce moment que
j’ai commencé à faire de la photo ; je ne maîtrisais
rien, rien du tout. Ni la mise au point, ni les ouvertures
et les vitesses. Tout ce que je savais c’était
déclencher et poser l’oeil sur le viseur. Après avoir
épuiser mon deuxième film, pendant que nous faisions
l’éducation physique, je me précipitais au
laboratoire m’adressant à un technicien qui me
reçu gentiment. Devant les anciens qui s’étonnaient
de me voir si jeune, je demandais des
approfondissements ; je me mis à parler de mes
trois premières oeuvres pendant que le développement
lambinait, je me vantais. Tout photographe
qui entrait alors dans le laboratoire ne manquait
pas de m’interroger " es-tu photographe ?" je
répondais " Oui, je le suis", tout le monde éclatait
de rire. Je fus obligé de revenir le lendemain prendre
mes résultats ; le matin venu, je m’adressais
librement à la belle dame qui se trouvait à la
réception, elle me répondit " Vos photos sont prêtes
mon fils " en me tendant avec un sourire la
pochette avec quelques billets. C’était juste le remboursement
de ce que j’avais versé ; J’ouvris la
pochette et constatais qu’il n’y avait que sept poses
sur les trente-six, les images n’étaient même pas
comparables à mes trois premières. Les têtes tordues,
les pieds coupés, comme si je n’avais pas
observé les sujets. Mes amis étaient m méconnaissables,
je ne savais pas quelques baratins j’allais
leur donner. Je sortis du laboratoire mouillé
comme si je revenais d’un deuil ; Je ne touchais
plus à mon appareil pendant un moment. En
attendant j’avais à rembourser mes amis qui me
faisaient pression avec le peu que maman me donnait
pour utiliser à l’école pendant les heures creuses.

En classe de cinquième, je me rapprochais de
mon père qui enseignait la physique chimie afin
qu’il me fasse comprendre théoriquement la leçon
sur la photographie qu’il enseignait aux élèves de
la troisième au collège. C’était bien parti, je m’adaptais
facilement et comprenais ce cours. C’est là
qu’il me donna un exemple " Les ouvertures les
plus grandes sont les plus petites ". Ce dernier
m’embrouillait au moment de la pratique. Petit à
petit je finis par comprendre tous les sous-titres
que je trouvais si complexes. Dans la rue des élèves
qui prenaient en troisième me disaient que
mon père était un bon prof. Ses explications
étaient claires. J’étais parmi ceux qui admiraient la
physique à force d’en maîtriser théoriquement les
données. En troisième, je déambulais librement
dans la cour avec mon appareil au cou pendant
que nous nous trouvions en récréation. Je ne commettais
plus les mêmes bêtises qu’auparavant. Je
savais maintenant tenir mon appareil. De gauche
à droite, les élèves m’interpellaient pour leur
photo, des professeurs, la directrice même du collège
m’avait remarqué. Surtout que nous étions
dans une cour ouverte où tous les cycles se
confondaient et qui permettait de repérer facilement
les agitateurs. Les élèves ne m’appelaient
plus par mon vrai prénom, c’était maintenant "
Photouin " à la place de Baudouin. À la maison,
mon père s’inquiétait ne voulant pas me voir m’impliquer
plus dans la photographie qu’à d’autres
cours et m’obligeait à faire signer mon cahier à la
fin des cours par les professeurs. C’était la règle du
jeu pour gagner sa confiance. Un trimestre , il a
fallu préparer l’examen d’entrée au lycée et préparer
des exposés. Bien sûr je présentais un travail
sur la photographie. C’était le moment, j’avais bien
réparti mes sous-titres, j’avais l’air timide, c’était
mon premier exposé, mais ça se voyait que c’était
mon domaine ; Ceux qui n’avaient pas pu poser de
questions en classe me rattrapèrent dans la cour
où le débat se poursuit ; L’appareil photo accroché
au cou, tous voulaient le toucher pour jeter un oeil
dans le viseur. Cela m’a encouragé.

Pour ce travail réalisé, mon objectif s’est jeté dans
mon environnement social. Les problèmes sociaux,
les crises de guerre civile que le pays a connu à
répétition depuis 93 jusqu’en 98. Crise qui a laissé
beaucoup d’impacts dans la vie des Congolais
nombreux ont perdu leur habitat brûlé par la bêtise
de nos jeunes frères corrompus par ignorance.
Donnant par la suite des conditions de vie malheureuses.

Je me suis servi de la photographie pour exprimer
et partager des choses que je ne pouvais faire passer
par les mots. Avec cet instrument de 28mm,
j’ai essayé de révéler le caché, l’invisible naturel
mis à nu à travers l’image qui reflète la réalité.
Mon attention s’est vite orientée vers deux
concepts : celui des compagnies oubliées, par
exemple l’usine de Kinsoundi où se fabriquaient
des textiles et qui employait des milliers d’ouvriers.
Aujourd’hui ces pièces équipées de machines
sont transformées en de petits logements, des
bidonvilles, des cases enroulées de bâches… La
pénétration dans ces cellules s’effectue par des
échelles à travers des fenêtres ; Occupées par une
population victime, négligée et qui a fini par trouver
ce refuge où dormir alors qu’hier les conditions
de vie étaient sûres chez soi. Malgré les promesses,
la stabilisation n’a toujours pas été résolue. 72% de
la population nationale vit dans des conditions
défavorables alors que nous sommes une terre qui
recèle des ressources naturelles. Ainsi va s’inféoder
le second plan qui est l’allure des jeunes étudiants
qui se solidarisent pour former des groupes musicaux
de hip-hop. Moyen d’expression le plus facile
pour véhiculer leur message sanglant qui s’attache
aux réalités, au vécu quotidien, en interpellant
directement le public qui sombre dans l’aveuglement
par manque de pratique du pouvoir de l’art.
Ces jeunes rappeurs dont les appellations de groupe
sont évocateurs comme " Légitime brigade ", "
Warrior for the peace ", " Trip 3 ", " Hiorogriphe ", "
$ dollars ", " Nova Nostra ",… On les reconnaît
facilement à travers les affiches sur lesquelles ils
préfèrent se poser devant les ruines causées par les
hostilités de 93 à 98. Ceci pour montrer leur engagement
dans l’art musical pour combattre les
méchants par les mots qui sont leurs armes.

94 en Noir & Blanc
et Couleur.

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